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Le Costume, Symbole d’une Culture Vivante

Lors du Festival de la Camargue et du Delta du Rhône, une table ronde organisée par Soleil FM a mis en lumière un sujet aussi passionnant que méconnu : le renouveau des costumes traditionnels*. Animée par des figures emblématiques comme Amélie Laugier (25e Reine d’Arles), Florence Moulis (demoiselle d’honneur de Sabine Mistral, 16e Reine d’Arles et membre des Sabreuses), Nicole Niel (autrice de L’Art du costume d’Arles), et Marie-Ange Montagne (vice-présidente de l’association Ame de Camargue), cette discussion a révélé une vision moderne et exigeante de la transmission et de la création des costumes.

Contrairement aux idées reçues, le costume traditionnel n’est pas figé. Il est le fruit d’un travail de recherche approfondi, d’une réflexion collective, et d’une volonté de perpétuer un savoir-faire tout en l’adaptant aux époques successives.

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La Recherche : Fondement de l’Authenticité

Nicole Niel : L’Art du Costume comme Ouvrage de Référence

Nicole Niel, autrice de L’Art du costume d’Arles*, a souligné l’importance de documenter et étudier les costumes pour en préserver l’essence. Son livre, toujours disponible et recherché, témoigne d’un travail d’archivage et de transmission indispensable. Pour elle, chaque détail compte : les tissus, les broderies, les accessoires… Tout est le résultat d’une enquête historique et culturelle qui permet de comprendre les évolutions et les symboles portés par ces tenues.

« Les personnes viennent chez moi, elles sont contentes, je leur fais une dédicace… On trouve le livre dans plusieurs librairies.
— Nicole Niel »

Son approche montre que le costume n’est pas qu’un vêtement : c’est un langage, une mémoire vivante qui nécessite un travail de fond pour être compris et perpétué.

Marie-Ange Montagne : L’Association comme Lieu de Transmission

En tant que présidente de l’association Ame de Camargue, Marie-Ange Montagne a insisté sur le rôle des structures collectives dans la préservation et l’innovation des costumes. Les associations comme la sienne organisent des ateliers, des rencontres et des échanges pour que les nouvelles générations puissent apprendre, expérimenter et innover sans trahir l’esprit traditionnel.

C’est exactement ça : il faut prendre le temps de bien réfléchir son acte. »*
— Marie-Ange Montagne

Pour elle, le renouveau passe par la patience et l’humilité : avant de courir, il faut savoir marcher. Une métaphore qui résume à elle seule la philosophie de ces passionnées.

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La Création : Entre Fidélité et Modernité

Amélie Laugier : La Jeunesse au Service de la Tradition

Amélie Laugier, 25e Reine d’Arles, incarne cette nouvelle génération de porteuses de costumes. Son engagement montre que la tradition n’est pas l’apanage des aînés : les jeunes ont un rôle clé à jouer dans sa perpétuation. Pour elle, porter un costume, c’est assumer un héritage, mais aussi le faire évoluer avec son temps. Se constituer un costume, c’est accepter d’y passer du temps, de se documenter, de le réfléchir, d’adapter ses formes pour qu’il mette en valeur son propre corps mais tout en restant consciente de ce qu’il était alors, pour ne pas le trahir.

Le message est clair : il ne s’agit pas de copier bêtement le passé, mais de le comprendre pour mieux le réinterpréter.

— Amélie Laugier

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Florence Moulis : L’Expérience comme Guide

Avec 30 ans de recul (elle était demoiselle d’honneur de la 16e Reine d’Arles), Florence Moulis apporte une vision à la fois nostalgique et pragmatique. Elle rappelle que les costumes ont toujours évolué, même si ces changements ont parfois été lents et réfléchis. Pour elle, l’innovation doit être respectueuse : elle ne doit pas effacer l’histoire, mais plutôt l’enrichir.

Ça fait 30 ans… Que le temps passe vite ! »
— Florence Moulis**

Son expérience prouve que la tradition et le modernisme peuvent coexister, à condition de garder à l’esprit le sens profond de ces tenues : représenter une identité, une communauté, une histoire.

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Le Message Clé : Réfléchir avant d’Agir

Toutes les intervenantes s’accordent sur un point essentiel : le costume traditionnel ne s’improvise pas. Que ce soit pour le porter, le créer ou le faire évoluer, il faut du temps, de la recherche et de la réflexion.

  • Pour les porteuses : Choisir un costume, c’est s’engager dans une démarche personnelle et collective. Il ne s’agit pas de suivre une mode, mais de comprendre ce que l’on porte.
  • Pour les créatrices : Innover, oui, mais en s’appuyant sur des bases solides. La recherche historique et l’échange avec les aînés sont indispensables.
  • Pour les associations : Leur rôle est de fédérer, former et accompagner ces démarches, pour que la tradition reste vivante sans se figer.

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Conclusion : Un Héritage à Cultiver

Le costume d’Arles, n’est pas un simple vêtement. C’est un symbole de résistance culturelle, un objet de transmission, et un terrain d’expression artistique. Grâce à des femmes comme Amélie Laugier, Florence Moulis, Nicole Niel et Marie-Ange Montagne, il continue de rayonner, d’évoluer et de fasciner.

Leur message est universel : pour que la tradition vive, il faut la travailler, la chercher, et la réinventer avec intelligence .

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Par Eric Blanc le 16 mai 2026