La vierginenco et la reine
Une soie violette, une chapelle ancienne, un ruban vierginen pour symboliser le bleu marine pris aux Saintes Maries de la mer l’année précédente... Pour Marie-Sara, la fête du costume 2026 scelle un an de patience et de transmission.
Sur la scène du théâtre antique, face à la reine d’Arles, la vierginenco devient femme.

La fête du costume 2026 a une saveur particulière pour cette jeune vierginenco. L’année précédente, aux Saintes Maries de la mer, elle avait pris le ruban. Cette fois, elle sera présentée à la reine d’Arles et à ses demoiselles d’honneur.
C’est un nouveau rite de passage, pour elle comme pour ses coreligionnaires. Un nouveau costume aussi — le grand costume, celui qui les habillera pour la première fois de leur vie à l’occasion de ce jour.
La recherche de LA tenue a commencé dès la festo vierginenco, au fil d’une lente réflexion. Quel tissu, quelle couleur, quelles pièces anciennes conserver, lesquelles faire naître pour l’occasion. L’impétrante, sa mère, sa marraine et tout un aréopage de conseillères et de petites mains ont donné corps, patiemment, à "la tradition".
Tradition, un mot que l’on emploie trop souvent pour désigner quelque chose de figé. On parle de "mainteneurs de tradition"... Pourtant la définition est tout autre :
Tradition : action, façon de transmettre un savoir, abstrait ou concret, de génération en génération, par la parole, par l’écrit ou par l’exemple.
C’est dans cette tradition-là que s’inscrit la vierginenco, celle qu’elle partage avec sa mère et sa marraine de costume. Car le rôle de la marraine est précisément là : transmettre son savoir, accompagner la jeune fille dans cette transition de jeune fille à femme, dans les meilleures conditions possibles. Elle guide, elle habille, elle coiffe, elle explique chaque geste, chaque étape — jusqu’à ce que le geste devienne évidence.
Marie-Sara dispose d’un ruban vierginen. Le costume tout entier sera pensé pour le mettre en valeur : une soie violette, une chapelle ancienne, un fichu qui appartenait à sa mère, un jupon ancien, un dessus de coiffe offert par des amies... Peu à peu l’image se dessine, prend forme, prend vie. Marie-Ange coud le costume. Nais le monte, l’habille, la coiffe. Et quand tout est en place, Marie-Sara verse une larme — car quelque chose, alors, a changé. Elle prend une toute autre dimension. Elle devient femme.
L’histoire, en réalité, a commencé bien plus tôt, dans un berceau, le bonnet sur la tête, un soir de pegoulado. Puis Marie-Sara avait pris la cravate, déjà accompagnée de Nais, et enfin le ruban... Il était temps, aujourd’hui, de consacrer cette longue démarche.
Le jour venu, l’élégante jubile. Sur la scène du théâtre antique, la reine l’appelle. Elle avance, et se voit remettre son diplôme.