XXXVIIe Hommage à Fanfonne Guillierme à Aimargues
A Aimargues, la mémoire de Fanfonne Guillerme fait battre le cœur de la Camargue à l’unisson.

En ce 1er mars, sous un ciel qui sourit enfin, affichant un bleu rayonnant,les gardians se sont rassemblés pour la 37e fois autour de la mémoire de Mademoiselle Fanfonne Guillierme. Un rendez-vous fidèle, presque liturgique, où la tradition se tient droite comme un gardian en selle, et où l’émotion passe de main en main, de voix en voix, comme une bride bien tenue.
La cérémonie a commencé par un défilé, extraordinairement nourri. Que de chevaux... L’hommage a pour habitude d’être souligné, mais ce jour affichait un lustre particulier avec plus de 210 cavaliers, cavalières, des très jeunes aux plus agés . Cet ensemble tient là une promesse, simple et forte : continuer, malgré les épreuves, à faire vivre les manades, les savoir-faire et cet équilibre fragile entre l’homme, l’animal et la terre. La messe a garantit la protection de Notre Dame de l’Assomption, et le prêtre a enfin bénit les cavaliers et leurs montures.
Puis la parole a circulé — du Maire aux dignitaires, d’Amélie Laugier, XXV° Reine d’Arles et ses demoiselles d’honneur , à Gabriel Brun, Majoral du Félibrige pour finir par Hubert Espelly — tous réunis pour dire que l’héritage n’est pas un décor : c’est un souffle, un engagement, une fidélité têtue.
Ces intervenants ont salué chacun leur tour une Camargue incarnée, vivante, tenace, et rappelé que Fanfonne n’a jamais demandé la permission d’exister dans un monde d’hommes : elle y a pris sa place par le travail, l’exigence et la justesse des choix. Il y avait, derrière chaque victoire de Galapian ou Segrain, son regard patient, sa rigueur, sa main sûre. Elle n’a pas copié ; elle a inventé. Elle n’a pas suivi un chemin tracé ; elle a écrit le sien, rênes en main, regard porté loin devant.
Ces prises de parole, ont posé une évidence : Rendre hommage, ce n’est pas regarder derrière avec nostalgie, mais devant, avec exemplarité. Cette transmission est notre responsabilité commune : préserver la nature, respecter les bêtes, maintenir les savoirs. À la jeunesse, l’invitation est claire : être enracinée n’empêche ni la liberté, ni l’audace.
Il y a, à Aimargues, ce sentiment discret de chance : marcher jusqu’à Notre-Dame-de-la-Mer, sentir l’odeur du sel et du cuir, feuilleter le paysage comme un livre ancien où chaque page est vivante.
Fanfonne aimait cette terre avec la pudeur et la rudesse qu’elle exige, et avec cette liberté qui souffle comme le mistral. Son héritage nous engage : tenir la main de ceux qui viennent après, malgré les coups de vent réglementaires, sanitaires, assurantiels qui parfois fatiguent nos arènes et nos manades.
Aujourd’hui, nous avons dit ensemble : Fanfonne Guillerme n’est pas oubliée. Elle est un Simbèu, elle rassemble encore, elle guide encore, elle fait battre la Camargue au rythme des sabots, des rasets et des prières discrètes.